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Munich (2005)
Synopsis :
En septembre 1972, un commando de l'organisation palestinienne Septembre Noir s'introduit dans le Village Olympique de Munich, abat deux athlètes israëliens et prend en otages les neuf autres qui mourront tous à leur tour. Le gouvernement de Golda Meir monte une opération de représailles et Avner, un jeune agent du Mossad, prend la tête d'une équipe de quatre hommes, chargée de traquer à travers le monde les responsables de l'attentat...


Anecdotes :
Le film devait originellement être tourné à l'été 2004 pour une sortie en fin d'année. Il a été abruptement reporté d'un an pour permettre à Tony Kushner de réecrire le scénario, permettant à Spielberg de se jeter directement dans la production de La Guerre des mondes.

Il s'est écoulé à peine plus de cinq mois entre le début du tournage, fin juin 2005, et la livraison des premières copies début décembre.

Le rôle d'Ephraïm devait à l'origine être tenu par Ben Kingsley (Gandhi), avec qui Spielberg avait déjà collaboré sur La Liste de Schindler.

Guri Weinberg, le fils d'un des athlètes israëliens assassinés, joue son propre père dans le film.

Les scènes censées se passer à Munich ont été tournées à Budapest. La ville s'est aussi substituée à certains décors parisiens. Les scènes dans les pays méditerranéens (Israël, Grèce, Italie, etc.) ont été tournées à Malte.


Critique :
On pensait l’avoir cerné, après plus de trente ans d’activité, et Steven Spielberg parvient encore à surprendre. Qui aurait pu imaginer que le débarquement de Il faut sauver le soldat Ryan ou l’arrivée du premier tripode dans La Guerre des mondes ressembleraient à ça? Qui aurait pu prévoir la noirceur de A.I. et l’humour décalé de Minority Report? Qui se serait attendu à autre chose qu’une simple récréation pour Arrête-moi si tu peux? Qu’il s’agisse de son approche esthétique ou thématique, le cinéaste a su apporter de la fraîcheur à des genres que tout le monde lui estimait acquis et le résultat ressemble toujours à un jeu d’enfant pour le réalisateur. Certains spectateurs sont d’ailleurs déçus dans un premier temps par ces séquences si bien mises en scène qu’elles apparaissent comme "faciles" pour Spielberg. Son plus grand talent lui serait-il néfaste? Le metteur en scène sait comme personne manier l’art du timing afin d’instiller de la tension dans la plus élémentaire des actions à l’écran. Et il a fait Munich à cette image : son vingt-quatrième opus paraît évident, revisitant le film d’espionnage et le polar 70's, et pourtant il ne cesse de surprendre, par son ton, sa violence, son désespoir. Une fois de plus, l’auteur offre un chef-d’œuvre paraissant s’éloigner de son style tout en demeurant traversé des thèmes qui lui sont chers.

Véritable caméléon et cinéaste cinéphile avant tout, Spielberg profite une fois de plus du genre abordé et de l’époque où se situe l’action, les années 70, pour s’en inspirer et signer un film dans la veine de ceux de ses confrères du Nouvel Hollywood, notamment William Friedkin ou Francis Ford Coppola. Comment ne pas penser à French Connection et Conversation secrète devant ce film nerveux favorisant caméra portée, zooms et teinte brunâtre à tendance granuleuse? La forme permet également un aspect réaliste, plusieurs plans pouvant se fondre avec des images d’archives. Néanmoins, comme il l’indique par un plan, très simple, en début de film (qui voit se synchroniser le reportage – images d’archives pour nous, reportage en direct dans le film – et sa reconstitution filmique), Munich reste un film de fiction. L’autre talent de Spielberg n’est-il pas de savoir lier un sujet sérieux avec du divertissement? On pourra encore une fois lui reprocher d’insuffler du suspense dans une scène de "mise à mort" (à l’instar de la scène de la douche de La Liste de Schindler), mais il s’agit ici aussi d’exploiter la situation au mieux afin de représenter le point de vue des protagonistes. A ce niveau-là, le film joue sur les mêmes cordes que La Guerre des mondes, allant de l’effroi, direct, à la tension, sous-jacente, et même jusqu’à l’horreur pure. La violence du film n’est pas celle de Il faut sauver le soldat Ryan. Le gore du film de guerre, dont la débauche de tripes était là pour interpeller le spectateur, choquer par le réalisme, cède la place à une vision beaucoup plus clinique. La violence est froide, sèche. On se rapproche plus de David Cronenberg. La manière dont Spielberg film les corps nus tourne presque à l’indécence et là aussi, le film surprend. Dans sa première demi-heure, Munich présente l'une des rares scènes d’amour de l’auteur, montrant la nudité dans tout ce qu’elle a de plus charnel, avant de la montrer dans tout ce qu’elle a de plus horrible, à l’état de cadavre.

Au fur et à mesure du récit, Munich présente justement cette transformation. Comment la violence vient peu à peu tout envahir. Et l’autre scène montrant un rapport sexuel, dans la dernière demi-heure du film cette fois, vient appuyer ce propos. Au centre du film, une équipe d’assassins qui n’a jamais tué. Presque aussi amateurs que pourrait l’être n’importe quel spectateur lambda. Et qui apprend à tuer, jusqu’à ce que cela devienne facile, routinier. La violence engendre la violence. D’une maxime simple, Munich fait son propos le plus épuré. "Qui sauve une vie sauve l’humanité toute entière", disait-on dans La Liste de Schindler. Cette devise devenait le motif justifiant la mission de l’escouade de Il faut sauver le soldat Ryan, envoyée à la mort dans le but de ne sauver qu’un seul homme. Dans Munich, la mission n’est pas de sauver mais de tuer. Et pas qu’un seul homme. Le Mossad répond aux attentats de Munich par d’autres attentats (l’utilisation d’explosifs n’est pas innocente) et le pire n’est pas tant l’acte en soi que la répétition, l’habitude. Tout devient violence. La violence devient quotidien. La violence devient dialogue. "Ils répondent à nos meurtres par des attentats. Nous dialoguons à présent", dit l’un des personnages. Cette construction dialectique sert à symboliser le parallèle entre les deux camps. Si la mort répond à la mort, alors se crée une dangereuse équation. Et ainsi naît le point de vue de Spielberg.

Le cinéaste n’a de cesse de mettre en relation Israéliens et Palestiniens comme revers d’une même médaille. Le décompte télévisé des athlètes israéliens assassinés est monté en parallèle avec l’énumération des cibles palestiniennes du Mossad. Onze cibles pour onze victimes. Il n’y a pas de hasard dans cette situation. Tout le long du film, viendront intervenir des flash-backs de l’attentat de Munich. L'arrivée dans l'hôtel des terroristes, la prise d'otages, la couverture média, le fiasco des forces de l'ordre allemandes lors du catastrophique sauvetage raté à l'aéroport. La très grande majorité de ces scènes a lieu de nuit. Une nuit de cauchemar pur. Dès la première incursion nocturne (première scène du film), on sait ce qui va arriver et cette inéluctabilité prend aux tripes. La mort est partout, imminente. Autant de moments que se remémore Avner pour se convaincre du bien-fondé de sa mission. Là encore, il y a une assimilation entre les deux événements, l’attentat et la vengeance. A plusieurs reprises, les deux peuples ne seront pas mis en opposition mais seront comparés, assimilés, et la conclusion d’une telle mise en rapport entre les deux adversaires ne peut être que la suivante: ils sont les mêmes. Les critiques américaines avaient évoqué le terme fumeux "d’équivalence morale". On voudrait accuser le cinéaste, jugé trop souvent politiquement correct, de ne pas se mouiller. Ou pire, de faire l’amalgame des deux camps. Alors qu’il souhaitait laisser le film parler pour lui-même, Spielberg a été contraint de prendre sa défense, au travers de propos qui sont probablement les plus francs et les moins "langue de bois" jamais énoncés par le réalisateur.

"Ils auraient préféré que je me taise", affirme-t-il. Qui? Tout le monde. Ou presque. Notamment ceux qui osent dire qu’avec Munich, le metteur en scène n’est "pas un ami d’Israël". En effet, pour quelqu’un qui a été reconnu tel un grand humaniste suite à La Liste de Schindler et à la création de la Shoah Foundation, la mise en chantier d’un film comme Munich était plus que risquée. S’il clame être personnellement convaincu du bienfait de l’existence d’Israël, Spielberg ose sous-entendre dans son film que le territoire ne revient pas forcément aux Juifs. Tout d’abord par les quelques paroles d’un terroriste palestinien (lesquels ne sont jamais diabolisés), dont le discours n’est alors plus de la propagande ou de la revendication, mais celui d’un homme qui paraît justifié. Ensuite, il y a la mère du protagoniste principal qui croit le convaincre en défendant ses valeurs à l’issue du film, mais on n’y croit pas. Au final, tout n’est qu’illusion. C’est tout seul qu’Avner ira lui-même se mettre dans une cage et non un quelconque oppresseur. Avner est un personnage spielbergien par excellence. Fils d’un père absent, trop occupé à devenir un héros pour son pays, Avner est un sabra (natif d’Israël) cependant considéré comme un étranger. Il ne va pas voir son père malade, peut-être parce que ce dernier l’a délaissé (bien qu’il le défende aux yeux de sa mère) mais peut-être le comprend-il enfin, une fois son parcours terminé, lorsqu’il devient à son tour un héros d’Israël (et un père absent). Mais à quel prix? Dans le cas présent, ce n’est peut-être plus tant le père qui abandonne son fils (à l’instar de nombreuses autres figures paternelles dans la filmographie de Spielberg) mais la patrie. Une fois de plus, Israël n’est pas montré sous son plus beau jour.

Cependant, comme le dit très bien l’auteur, "ce n’est pas parce que l’on aime son pays, qu’il est exempt de critiques". Et le cinéaste de suivre en impliquant non seulement Israël mais également les Etats-Unis. Parce que Munich ne porte pas uniquement sur le conflit israélo-palestinien. Le "générique" de début l'indique tout de suite. Munich n'est qu'une ville parmi tant d'autres. Autant de villes où des actes affreux ont eu lieu et auront lieu. Ça ne s'arrête pas. L’essai est également une métaphore évidente des événements post-11 septembre, à savoir la traque d'Al Quaeda et la guerre en Irak comme réponses aux attentats du World Trade Center. La Guerre des mondes montrait que personne, pas même la plus grande puissance du monde, n'était à l'abri d'une attaque et évoquait l'impossibilité de l'occupation. Autant de parallèles évidents avec le 11 septembre. Munich en constitue la suite. L’auteur n'a jamais été aussi engagé. Et différent. Comme l'indiquaient apparemment plusieurs critiques, le film est effectivement plus intellectuel qu'émotionnel. Il est vrai, et c'est quelque peu déconcertant venant de la part du cinéaste, que le film s’avère plus bavard que sentimental. On sent que c'est la tête qui parle. Après tout, n’est-ce pas exactement ce qui se passe au sein de l'équipe, hantée par les doutes qui lui viennent à l'esprit? Comment ne pas voir dans le personnage de Matthieu Kassovitz, un fabricant de jouets improvisé faiseur de bombes, le reflet de Steven Spielberg, l’homme-enfant - réputé pour ses films de divertissements - reconverti dans la réalisation de film à la portée autrement plus sérieuse? Un journaliste de Time avouait au cinéaste que jusqu’à présent, il définissait Spielberg en clamant qu’il ne connaissait "personne qui sache mieux être en contact avec l’enfant enfoui en lui" avant de lui concéder qu’il avait réalisé bien des films, à l’instar de Munich, loin de tout aspect enfantin. "Peut-être que l’enfant qui se cache en nous tous meurt juste quand on a le plus besoin de lui", rétorquait Spielberg.

Cette réponse est celle d’un homme résigné. Depuis maintenant près de dix ans, on reproche à Spielberg sa manière de finir les films. Aucun cinéaste n’a reçu autant de critiques concernant ses fins que Spielberg. Les dernières minutes tire-larmes de La Liste de Schindler ("La bague, j’aurai pu en sauver deux. La voiture, j’aurai pu en sauver dix."). L’épilogue lourdingue d’Il faut sauver le soldat Ryan ("Est-ce que j’ai été un homme bien?"). Mais surtout, les derniers quarts d’A.I. (le rêve de David, coincé au fond de la mer) et de Minority Report (le fantasme d’Anderton, emprisonné dans sa cellule), prêtant volontiers à des interprétations qui font de tristes sorts des happy ends illusoires. Sans oublier le retour (improbable) du fils dans La Guerre des mondes. Ces dénouements ne prouvent qu’une chose: Spielberg garde espoir. Il lui faut cet espoir. Il faut qu’il puisse croire que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Munich vient mettre fin à cette vague d’espoir. Après une dernière demi-heure évoquant les difficultés d’Avner à assumer son statut de héros (et donc ses actes), à reprendre une vie normale, au sein de son foyer (le retour à la maison est un thème récurrent de l’auteur), la dernière séquence vient entériner le propos du film sur comment, dixit Daniel Craig, "vengeance doesn’t fucking work!". Une dernière scène, un dernier dialogue, un dernier plan. Et tout est dit. Le film se termine au milieu des années 70 et l’on sait déjà de quoi le futur sera fait. Steven Spielberg a-t-il perdu tout espoir? "Je pense qu’aucun film, qu’aucun livre, ni aucune œuvre d’art ne peut résoudre l’impasse dans le Moyen-Orient actuel", dit-il, lucide concernant son ouvrage. Néanmoins, au travers de sa narration et par le biais d’une scène précise, au cœur du film, Munich invite à la discussion. Laissons les derniers mots à l’humaniste lui-même: "Je reste persuadé que nous verrons la fin du conflit durant le cours de nos vies". Gardons espoir.
Robert Hospyan
Titre : Munich
Titre original : Munich
Origines : Etats-Unis, 2005
Durée : 2h40

Réalisation : Steven Spielberg
Production : Steven Spielberg, Kathleen Kennedy, Colin Wilson, Barry Mendel
Scénario : Tony Kushner & Eric Roth d'après l'ouvrage de George Jonas
Acteurs : Eric Bana, Geoffrey Rush, Ciaran Hinds, Mathieu Kassovitz, Hanns Zischler, Mathieu Amalric, Michael Lonsdale, Ayelet Zurer, Omar Metwally
Photographie : Janusz Kaminski
Musique : John Williams
Montage : Michael Kahn

Sortie France : 25 Janvier 2006
Sortie Etats-Unis : 23 Décembre 2005

Budget : 75 000 000$
Box-office France : 992 823 spectateurs
Box-office Etats-Unis : 47 000 000$
Box-office Monde : 130 358 911$

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