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Rencontre avec Steven Spielberg, Nathalie Baye, Tom Hanks, Leonardo di Caprio, Frank Abagnale
Après avoir fait patienter les journalistes pendant quelques minutes dans une salle de cinéma reconvertie, le mythique réalisateur apparaît. Arborant une tenue décontractée en contraste avec celle des autres membres présents, Steven Spielberg fait son entrée, une canette de Coca-Cola à la main. Suivent donc les deux principaux comédiens du film ainsi que l'actrice française, mais aussi Frank Abagnale, interprété par DiCaprio dans le film. Malgré le côté généralement superficiel des conférences de presse, celle-ci s'est avérée intéressante, par moments furtifs, tant il est agréable d'entendre l'auteur parler de cinéma.
SpielbergNews - M. Spielberg, vous semblez donner naissance à des films tous les six mois actuellement, travailler plus dur et plus rapidement que jamais, mais on note une grande différence entre les films que vous faites, surtout après Minority Report. Arrête-moi si tu peux est un film totalement différent. Pourriez-vous nous dire pourquoi vous tenez tant à changer de genre à chaque fois? Steven Spielberg - Je n'ai pas vraiment choisi de réaliser Arrête-moi si tu peux juste pour changer de genre, j'ai juste été captivé par l'histoire, tel que j'espère que vous le serez. J'étais tant intrigué que je ne me suis pas rendu compte qu'il s'agissait de quelque chose que je n'avais jamais fait auparavant. L'histoire étant tellement attirante, je me suis décidé à le faire. Il est vrai que je travaille énormément en ce moment, je suis très "fertile", j'ai tous ces enfants à présent. Je sens que j'ai plus d'énergie aujourd'hui que je n'en avais il y a dix ans. SpielbergNews - Le trauma familial que partagez avec votre héros et l'envie ensuite de raconter des histoires ne sont-ils pas deux points communs de vos vies qui font que ce film, pourtant inspiré d'une histoire vraie, est furieusement autobiographique? Steven Spielberg - (En français:) Peut-être... (Rires) Je pense qu'en vieillissant, je deviens plus conscient de la similarité de ces éléments, car je me connais mieux à présent qu'il y a vingt ans. Il y a probablement des films que j'ai réalisés étant plus jeune qui étaient autobiographiques mais je ne m'en rendais pas compte. Mais ici, j'étais conscient que certaines touches étaient identiques à certaines de mes expériences. Frank et moi venons de foyers brisés, et je pense que cela influe beaucoup sur mon travail, seulement je m'en rends mieux compte aujourd'hui. SpielbergNews - Si l'on compare ce film-là et d'autres qui touchent également au thème de l'innocence perdue et de l'enfance, le titre Catch Me If You Can (littéralement "attrape-moi si tu peux") ne résume-t-il pas finalement parfaitement votre relation avec l'enfance et l'innocence? Steven Spielberg - Si j'essaie de m'attraper moi-même? C'est exactement ça. (En français:) Vive la France! (rires) Les meilleures questions me parviennent d'ici! Et je donne toujours des réponses terribles parce que vous me prenez toujours par surprise ! Pour revenir à la question, c'est totalement possible mais il va falloir me laisser y réfléchir pendant 24 heures et j'y répondrais probablement lorsque je serai à Rome demain! SpielbergNews - M. Abagnale, le film donne une sorte de grille d'interprétation de votre comportement. Qu'en pensez-vous? Vous êtes-vous reconnu dans l'explication fournie par le film? Frank Abagnale - Je pense que tout ce que j'ai fait et qui est dans le film est très correctement retranscrit. Il y a eu certains changements concernant mes parents, ou ma compagne Brenda, et d'autres choses, mais tout ce qui avait attrait à moi était exact. Moi-même, en regardant le film en salle, j'ai trouvé l'expérience surréaliste tant j'avais l'impression de revivre ma vie. SpielbergNews - Ces rôles semblent plus légers que ceux des précédents films tels que Gangs of New York et Les Sentiers de la perdition. Est-ce vrai ou est-ce plus complexe qu'il n'y paraît? Leonardo di Caprio - Il ne s'agit pas d'une décision consciente. Il serait facile de voir ce film comme léger mais il y a des scènes, notamment au sein de la famille Abagnale et dans la relation de Frank avec le personnage de Tom Hanks, qui sont plus chargées en émotions profondes. Mon attirance pour le projet reposait strictement dans cette histoire qui frôle l'impossible. C'est un de ces scripts que vous lisez et pour lequel vous savez immédiatement que vous voulez en faire partie. C'est purement instinctif. Être attiré par un certain projet. Pour moi en tout cas, il ne s'agit pas de faire quelque chose d'obligatoirement différent. Tom Hanks - Tout rôle est extrêmement demandant. Il n'y a pas de différence de l'un à l'autre, il faut être tout aussi concentré, fournir la même dose de travail et de motivation tant pour Les Sentiers de la perdition que pour Arrête-moi si tu peux. Le résultat est évidemment différent, dans l'ambiance et l'esthétique du film. Ça va d'une extrémité à l'autre. C'est une joie pure de parvenir à faire un genre de film puis d'offrir une performance non moins aboutie dans un autre genre de film, et de faire partie de la compagnie d'acteurs de Steven Spielberg qui nous demande constamment de revenir jouer pour lui (rires). SpielbergNews - C'est aussi un film sur quelqu'un qui, à 16 ans, se donne les moyens de réaliser ses rêves. Est-ce que vous tous, à cet âge-là, aviez un rêve auquel vous avez renoncé? Peut-être que M. Abagnale n'a pas à répondre (rires). Frank Abagnale - Dans mon cas, j'ai fugué et je me suis retrouvé à la rue à 16 ans. Evidemment, personne ne voulait m'engager. J'ai donc dû survivre, sans argent, et j'ai réfléchi à ces choses-là pour vivre. Je paraissais un peu plus âgé et j'ai commencé à créer de faux chèques. Si j'avais réfléchi un moment à ces escroqueries, je me serais probablement abstenu et je pense que si je n'avais rien commis de tout cela, j'aurais terminé hommes d'affaires, marié avec des enfants et une maison en banlieue. Nathalie Baye - Je pense qu'à 16 ans, on en a plein de rêves. Le rêve, c'était de faire quelque chose qui me passionne et de le faire bien et je réalise mes rêves aujourd'hui même. Steven Spielberg - Mes rêves sont devenus réalité et le seront tant que je continuerai à faire des films. Mes rêves ont toujours été ceux-là. J'avais ces rêves depuis mon premier film, un western réalisé en 8mm étant boy scout. Leonardo DiCaprio - Il y avait trois choses spécifiques que je désirais être lorsque j'étais au lycée: agent de voyage, biologiste et acteur. Je n'aurai jamais cru qu'être acteur professionnel aurait pu devenir une réalité et je ne souhaitais être agent de voyage que pour parcourir le monde et je concrétise cela avec mon métier d'acteur. J'en profite dès que je peux pour découvrir des pays, des habitats, des cultures différentes... Tom Hanks - Moi aussi je voulais être un agent de voyage (rires)! Hélas, mes rêves ne se sont pas réalisés. Je ne suis qu'un acteur qui va de nation en nation, de pays en pays... SpielbergNews - M. DiCaprio, vous êtes à l'écran dans deux films en ce moment. Changez-vous votre méthode de travail face à Daniel Day Lewis puis face à Tom Hanks ou Christopher Walken? Qu'apprenez-vous d'eux et que partagez-vous avec eux? Leonardo DiCaprio - Je dirais que les intentions sont les mêmes lorsque vous vous engagez dans un projet. On y va tel un professionnel qui aime ce qu'il fait, on essaie de comprendre le personnage du mieux possible et de le rendre à la perfection à l'écran. Je ne pourrais répondre à cette question qu'en comparant les tournages de Gangs of New York et d'Arrête-moi si tu peux. Le film de Martin (Scorsese) remonte à plus de trois ans, le tournage a duré neuf mois et l'entreprise était d'une telle ampleur qu'une scène qui prenait trois jours sur ce film-là prenait un quart de journée sur le film de Steven. Le film reflète le style de vie de Frank Abagnale. Steven désirait faire le film ainsi, changeant constamment de lieu et vous demandant de faire confiance à votre instinct en tant qu'acteur. Il vous lance dans une situation et regarde comment vous vous débattez pour vous en sortir. Il s'agissait de différentes expériences. Quant à mes partenaires, j'ai travaillé avec deux des plus grands acteurs de notre temps. Ils sont de grands professeurs, je les ai observés avec minutie. SpielbergNews - M. Spielberg, dans ce dernier film vous employez le procédé du flashback... Steven Spielberg - Oui, effectivement, le film démarre aux trois quarts de l'histoire, lorsque Frank est ramené en Amérique. Je considérais qu'il n'était pas grave de montrer qu'il allait se faire arrêter car pour moi, Frank savait pertinemment qu'il allait se faire prendre. Je ne pensais pas briser le suspense du film. Je trouvais plus intéressant de montrer son évolution, comment il a fait tout cela... SpielbergNews - J'aimerais savoir quelle était votre position concernant la politique de George W. Bush envers l'Irak? Steven Spielberg - Je pense que vous êtes là pour parler du film donc j'essaie toujours de séparer mes visions sur le monde et ma vision de cinéaste. SpielbergNews - Pourquoi? Steven Spielberg - Je fais des conférences de presse depuis l'âge de 22 ans et j'ai remarqué que dès qu'on s'aventure sur le terrain des questions politiques, tout ce qui reste de la conférence, c'est cette seule réponse et rien d'autre. SpielbergNews - En quoi est-ce que votre rencontre avec Janusz Kaminski, votre chef opérateur depuis La Liste de Schindler a changé votre vision artistique et votre manière de faire du cinéma? Steven Spielberg - Je ne crois pas du tout que notre rencontre ait changé ma vision mais c'est la première fois que je travaille avec un directeur de la photographie qui est devenu un des mes meilleurs amis. J'ai ce cercle intime de collaborateurs, avec Michael Khan qui a monté tous mes films depuis Rencontres du troisième type, John Williams qui a composé les musiques de tous mes films. Et maintenant, j'ai Janusz Kaminski. C'est un artiste incroyablement brillant. Je dis toujours qu'avec Dieu, c'est lui qui travaille avec la lumière. SpielbergNews - Nathalie Baye, est-ce que François Truffaut vous a raconté son expérience avec Steven Spielberg ? Nathalie Baye - Je me souviens que lorsque François est revenu du tournage de Rencontres du troisième type, il avait dit qu'il avait adoré travaillé avec Steven Spielberg mais qu'il avait attendu des heures à cause des effets spéciaux imposants. Je m'attendais donc à un tournage lent mais je crois en fait qu'une petite série télévisée française se tourne plus lentement qu'un film de Steven Spielberg. SpielbergNews - Vous avez d'ailleurs raconté que vous êtes parvenue à convaincre Steven Spielberg de rajouter une scène initialement prévue qui avait été coupée. Nathalie Baye - Il y a quelque chose d'incroyable lorsque l'on travaille avec Steven Spielberg, c'est sa disponibilité et son ouverture. Bien que l'équipe le suive, il y a une sensation de liberté sur la plateau. Steven Spielberg - Oui, je pense qu'il est impossible d'être réalisateur et d'être inflexible. Un peintre peut évidemment être le seul décisionnaire face à sa toile. Un film est un effort de collaboration. Il y a plusieurs visions qui s'ajoutent à celle du réalisateur et du scénariste. Pendant quatre mois, Leo et moi avons passé plusieurs heures par semaine à discuter du personnage. Ma collaboration avec lui a donc commencé bien avant le tournage du film. Parfois les idées les plus intéressantes viennent de ces collaborations. SpielbergNews - Parlez-nous de votre infiltration illicite dans le studio Universal lorsque vous aviez 16 ans. Steven Spielberg - A 16 ans, je ne savais tout simplement pas comment entrer littéralement dans le monde du cinéma alors je me suis dit que j'y arriverais en allant directement sur les plateaux du studio Universal. Alors j'ai mis un beau costume et je me suis présenté devant le vigile à l'entrée, je l'ai salué de la main et lui m'a salué en retour et je suis entré. SpielbergNews - Leonardo DiCaprio, comment vous sentez-vous vis à vis du personnage de Frank? Avez-vous aussi des points communs avec lui? Leonardo DiCaprio - Je ne dirais pas que j'ai ressenti une connexion avec ma vie dans la mesure où je n'aurais jamais eu le courage de faire ce qu'il a fait. Mais quand je l'ai rencontré et que j'ai passé quelques jours avec lui, j'ai remarqué à quel point il était un véritable acteur. Il a choisi les bons costumes, il a su charmer son monde, il est parvenu à interpréter plusieurs personnages. C'était instinctif chez lui. Inné, je dirais même. C'était un des aspects les plus fascinants de sa personne. SpielbergNews - Le récit du film est assez extraordinaire voire incroyable, si ça n'avait pas été inspiré d'une histoire vraie, auriez-vous tous deux accepté d'endosser ces rôles, de les interpréter avec la même conviction et d'entrer dans cette histoire, même s'il s'agissait d'un scénario original tourné par Steven Spielberg? Tom Hanks - Le script était tellement fantastique que même s'il était fabriqué de bout en bout, j'aurais voulu jouer Carl Hanratty. Parfois vous voulez Jean Valjean, parce qu'il est beau gosse, qu'il est cool et tout ça (rires) mais d'autres fois, vous voulez jouer Javert parce qu'il n'abandonne jamais, qu'il arrête toujours son homme... Le fait qu'il s'agisse d'une histoire authentique a beaucoup joué sur l'intrigue. Comme on dit, la vérité dépasse la fiction. Leonardo DiCaprio - Pour ma part, je n'aurais probablement pas fait le film car je n'aurais pas cru que le public ait trouvé crédible le personnage s'il n'avait réellement existé. SpielbergNews - Finalement, Frank Abagnale, pensez-vous que la meilleure partie de votre vie était celle que vous avez traversé en escroc ou celle où vous êtes devenu un homme respectable? Frank Abagnale - Généralement, quand on me demande quelle est la chose la plus remarquable que j'ai accomplie, on s'attend toujours à ce que ce soit le fait de me faire passer pour un pilote, un médecin ou un avocat, ou encore à avoir réussi à détourner des millions en faux chèques. Mais quand je regarde en arrière, la plus épatante des choses que j'ai accomplie est d'avoir traversé tout ça, d'avoir été en prison, puis d'avoir réussi à faire ensuite encore plus d'argent que lors de mes impostures et de travailler aujourd'hui aux côtés des personnes que j'ai arnaquées (rires). SpielbergNews - Avez-vous réellement passé l'examen du barreau de façon légitime après avoir étudié pendant seulement deux semaines? Frank Abagnale - Ça a pris un peu plus de deux semaines mais oui, je l'ai réellement passé. Robert Hospyan
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